Galerie Maria Lund


sans titre
grès et glaçure
33x35x40 cm - 2014

Esben Klemann est un plasticien insatiable. Il expérimente, constamment. Il tente, il modèle, détruit, reconstruit - puis se lance à bras le corps dans la réalisation d'un projet gigantesque ou l'exploration approfondie d'une forme, multipliée encore et encore jusqu'à l'établissement d'un système.

Ce qui pousse Esben Klemann à cette hyperactivité créatrice, c'est une volonté qu'il brandit comme un manifeste, comme un programme artistique en soi : échapper à l'ennui, fuir la banalité. Ses œuvres semblent tendre vers ce but également. Les frises en stucs néoclassiques qui ornent les appartements bourgeois deviennent folles, se brisent, se multiplient, se chevauchent ; le mobilier urbain – bancs, parapets, dalles de trottoir – se dresse, boucle, ondule. Les matières sages qui ornent notre quotidien, en passant par le filtre Klemann, semblent vouloir devenir vivantes, entamer une révolution, avant de retrouver leur inertie, figées de nouveau pour l'éternité, témoins immobiles d'un début de quelque chose. 
Le rapport à la matière d'Esben Klemann est du même acabit. Il choisit un nouveau matériau qui lui est inconnu et travaille à le maîtriser parfaitement jusqu'à le dépasser : le béton, qu'il fait onduler sensuellement ou s'effondrer mollement ; la céramique, qu'il transforme en solide cage avant de la laisser s'affaisser dans le four sous le poids de la chaleur, de la pesanteur ou d'un objet absurde qu'il a placé là...
Esben Klemann parle d' « incertitude systématique ». Il met en place un processus qui ne correspond jamais au traitement traditionnellement réservé au matériau qu'il a choisi. Il observe alors la matière malmenée répondre chaque fois différemment à son système, et fait de l'accident son langage plastique.