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Peter MARTENSEN
Peter Martensen – Museum
Une femme asiatique en uniforme de cuisinier. Un homme qui porte des lunettes teintées et un pantalon à carreaux dans une barque minuscule. Un groupe d’experts en blouse blanche dans un paysage battu par les vents. Une jeune femme blonde sous la main d’un homme. Tous sont exposés dans le ”Museum” de Peter Martensen.
”Museum”, l’intitulé de l’exposition des nouvelles peintures de Martensen, est une façon pour l’artiste d’exprimer sa reconnaissance et son attachement à la tradition. En même temps, le titre renvoie au musée mental de Peter Martensen vu de l’intérieur, où sont exposés ses expériences, ses rêves, ses pensées et ses souvenirs personnels transposés en scénarios énigmatiques, dont lui seul connaît l’origine.
En français, le mot ”museum” (le mot danois pour ”musée”) a une résonnance solennelle, légèrement germanique. A première vue, un certain sérieux semble habiter nombre des personnages de Martensen. Leur apparition en uniforme et leurs expressions graves dégagent sérieux et efficacité. Pourtant, dans le monde de Martensen, ils sont étrangement détachés d’un contexte pourvu de sens. Il a supprimé, recadré et neutralisé les motifs, par ailleurs reconnaissables, de façon à ce que le familier et le quotidien paraissent énigmatiques pour le spectateur. L’expert que nous écoutons habituellement avec respect, l’ouvrier dont nous attendons un produit utilisable, l’adulte qui se comporte de manière raisonnable... d’un seul coup, ils se présentent comme étant légèrement absurdes, désemparés, voire même involontairement comiques. Ce sont des personnages provenant de la ”collection” mentale de Martensen transposés en objets d’exposition. Telles des oeuvres d’art dans un musée, ils semblent être sans fonction pratique ou utilité. Ils sont juste là, invitant le spectateur à l’analyse et à l’interprétation.
Dans les peintures de Martensen, la couleur blanche a toujours joué le premier rôle. Quand il est captivé par une femme en uniforme de cuisinier ou par un groupe de scientifiques en blouse blanche, c’est tout d’abord à cause du jeu de lumière sur les surfaces et les textures blanches. Des objets usuels tels des boites en carton et des feuilles de papier se transforment, entre les mains de Martensen, en éléments picturaux formels qu’il place de façon bien réfléchie dans ses compositions. Par rapport à son travail précédent, ses nouvelles peintures ont été créées dans une approche plus libre. Martensen a toujours porté un amour profond à l’acte même de peindre; ces dernières années, il s’est davantage autorisé à se laisser séduire par le processus de la peinture, à se faire emporter par l’huile épaisse vers des voies non préméditées.
Si l’idée était autrefois déterminée avant le premier trait de pinceau, les nouveaux tableaux résultent d’un processus plus intuitif où il a laissé les motifs naître en cours d’élaboration. Certes, il utilise encore des photographies comme modèles, mais seulement en tant qu’éléments déclencheurs. Pour Martensen, l’essentiel est ce qui émerge pendant qu’il peint, ce qui est incontrolable et imprévisible. Il dit pouvoir être séduit par l’huile au point d’être aveugle lorsqu’il peint. Par la suite, quand il se met à distance de la toile, le désir immédiat et sensuel recule. Viennent le regard analytique et, avec celui-ci, le doute.
Cette dialectique entre désir et doute est fondamentale chez Martensen. Le doute est productif. Il aiguise son regard de sorte à s’assurer qu’il a bien su traduire ses images intérieures en quelque chose à portée universelle. Il décrit lui-même sa méthode comme ”réalisme mental”. Les motifs ont pour origine un véçu personnel, des réflexions et des visions propres, mais le but n’est pas de faire un récit de sa vie privé. Son intérêt se porte plutôt sur le fait de condenser et transposer ce qui l’émeut ou l’étonne en images universelles. Et, dans leur sobriété, elles nous invitent à regarder cette réalité que nous croyons si bien connaître sous un angle nouveau.
Merete Sanderhoff
Traduit du danois par Marion Bahy-Baril et Maria Lund
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