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PIPALUK LAKE
CONFIGURATIONS
La Galerie Maria Lund présente pour la deuxième fois une exposition personnelle de l’artiste de verre danoise Pipaluk Lake dont le style à la fois brut et expressif a peu d’équivalences dans le domaine du verre. Pipaluk Lake travaille le verre comme s’il s’agissait d’une matière vivante en mouvement perpétuel. Ses œuvres sont comme des instants sublimes de temps arrêté alors que la matière passe d’un état à l’autre. L’artiste est juste le médium qui a déclenché le processus et le regard et les mains qui arrêtent le mouvement exactement à l’instant où la beauté arrive à son acmé, à son expression la plus claire. Ce sont les forces inhérentes à la matière qui sont libérées avec l’artiste comme intermédiaire.
Pipaluk Lake est une pionnière dans son domaine. Elle est avant tout animée par le désir et le sentiment de faire de nouvelles découvertes – d’aller là où personne n’a encore mis pieds et de révéler des parties de la réalité que personne n’a encore vues. Elle définit elle-même un cadre, prend du recul et observe comment les forces de la nature agissent pour ensuite interpréter le résultat avec la sensibilité esthétique de l’artiste.
Il en résulte des œuvres qui témoignent des processus de création violents où le verre, le feu et le métal luttent et se réunissent tout en exprimant une qualité de clarté quasi-cristalline. Les œuvres de Pipaluk Lake sont d’une pureté rare et tranchantes dans leur équilibre esthétique. On sent qu’elles dépassent la création humaine. Même les techniques vénitiennes les plus sophistiquées ne peuvent faire naître une expression aussi riche que celle qui est au fond l’expression des forces naturelles. Pipaluk Lake n’essaie pas de dominer la matière. Elle ne la maîtrise pas dans le sens traditionnel, hiérarchique où l’être humain est « le maître de » ou bien possède le monde matériel. Il s’agit d’une interaction ; d’une collaboration dans un respect mutuel.
L’approche non conventionnelle au travail du verre de Pipaluk Lake s’explique peut être par sa formation initiale dans le domaine du textile que l’œil éveillé saura identifier par les superpositions, les surfaces et les constructions dans son oeuvre. Même si le résultat final est sculptural, son point de départ est une surface de verre qui s’imprègne et se forme en combinaison avec du métal (en forme fixe ou chimique). Depuis des années elle a mis au point une technique qui consiste à suspendre ou empiler des plaques de verre dans une construction métallique permettant au verre de bouger et de fusionner.
Dans ce processus extrêmement ouvert, il est important de définir des lignes directrices, raison pour laquelle Pipaluk Lake a choisi de se limiter aux métaux et aux alliages naturels des métaux pour définir la forme et les nuances de couleur de la surface. La combinaison de la couleur appliquée aux couches individuelles du verre et la déformation lors de la fusion soulignent ainsi les formes des objets et le mouvement du verre.
Ces dernières années, les constructions métalliques ont pris une importance croissante dans une partie de son travail. Le fil métallique est attaché et tressé pour renforcer la construction et les bouts de fil visibles créés pour permettre la suspension dans le four ne sont pas coupés mais deviennent une partie intégrante de l’expression de l’œuvre. Ici les titres renvoient vers une nouvelle forme de création picturale comme par exemple dans Twiggy (Brindille), où le verre apparaît tel le drapé d’un corps amaigri ou dans Craddle (Berceau) et Bundle (Paquet) qui font clairement penser à des formes connues.
Parallèlement à ces oeuvres où les fils sont bien en vue, l’exposition présentera une autre direction importante de son travail qui est quasiment son contraire. Il s’agit d’un ensemble d’oeuvres plus massives, sur pied entre autre la série Layers (Couches) qui est un travail avec des superpositions et des déplacements dont le point de départ est quasi géométrique, abstrait. Les sculptures ont été créées sans les fils métalliques caractéristiques; les bords sont coupés et polis ce qui apporte un contraste visuel considérable. Ici Pipaluk Lake a retravaillé le verre de façon directe afin de libérer exactement la forme et l’angle qui donnent à l’oeuvre son caractère. Avec des parts égales de soumission aux processus de création de formes et une prise d’action dans la façon de retravailler les formes massives Pipaluk Lake démontre que sa maîtrise véritable est le dialogue avec la matière. Elle pose des questions et écoute les réponses qui semblent surgir des lois de la physique ce qui permet ainsi de regarder directement à l’intérieur des mystères de l’existence.
Louise Mazanti
Historienne d’art, Ph.d.
Traduit du danois par Jane Desnos et Maria Lund |