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LYNDI
SALES
in transit
Dans mon nouveau travail le sujet de la transcendance est explorée d’un point de vue personnel. Ici, le voyage en avion fonctionne comme métaphore de départs et d’arrivées. Voler devient symbole d’un état transitoire et d’une période d’imprévisibilité. D’authentiques gilets et canots de sauvetage font référence aux techniques de survie ; cependant ils sont déconstruits et suggèrent ainsi la vulnérabilité d’un corps en état de crise. Si voler est une métaphore de la période connue sous le nom de « limbes » ou l’entre deux mondes/l’entre deux existences, alors la référence à la sécurité suggère la vulnérabilité des corps dans cet état. Le matériel utilisé pour fabriquer les canots de sauvetage ressemble étrangement à la peau humaine, ici allusion est faite à la Renaissance et sa représentation de la peau humaine écorchée et de corps décharnés censés dévoiler la contenance humaine.
Dans cet ensemble d’oeuvres, je suis préoccupée par la mutabilité de la forme humaine et sa capacité à englober différents états : le spirituel et le physique. Telle une coquille mise à nue ou un modèle anatomique, l’intérieur des figures est creux et un réseau de lignes révèle les veines et artères d’un système circulatoire pétrifié.
Nous retrouvons un réseau semblable de lignes dans « Shatter » (Brisures), constitué de 159 cartes d’embarquement de SAA (South African Airlines) méticuleusement coupées, d’où émerge un motif abstrait provenant de l’image d’une plaque de verre trempée fissurée à l’instant où elle est frappée par une ventouse métallique émoussée. Cette pièce fait allusion à l’accident d’avion de Helderberg en 1987, d’importance personnelle pour moi, dans lequel 159 personnes périrent. « Shatter » est aussi une contemplation des parallèles qui existent à l’intérieur des macrocosmes et des microcosmes. Ressemblant à un œil autant qu’un mandala, l’œuvre représente le cosmos, le Big Bang, un tourbillon ou un tunnel de lumière se rapprochant des expériences aux frontières de la mort.
Dans ces oeuvres, la période « Bardo » * de temps transitoire est suggérée à travers l’utilisation d’objets suspendus dans l’espace ; le « tunnel de lumière » et le tourbillon sont explorés comme des portails entre le connu et l’inconnu. Créées entièrement à partir de déchets de papier ou de caoutchouc provenant des canots de sauvetage, ces nouvelles œuvres sont fragiles et susceptibles de détérioration. Elles suggèrent un état de vulnérabilité et d’impermanence. Ces œuvres cherchent à susciter une prise de conscience quant à la fragilité et la brièveté de la vie, en suggérant que la vie et la mort sont des états transitoires dans lesquels il n’existe aucune permanence.
Lyndi Sales
* Le moment de la mort est important en tant que période transitoire, un passage vers l’au-delà. « Bardo » est un mot tibétain qui signifie littéralement « état intermédiaire » ou « état entre deux ». Elle fait référence à la période de quarante neuf jours après la mort et elle est décrite comme le temps, l’espace ou la région que l’esprit traverse entre le moment de la mort physique et l’apaisement spirituel. Cette période d’état bardo est considérée comme un moment de vulnérabilité. (Fremantle 2001:25)
Traduit de l’anglais par Deborah Fruchter, Jane Desnos et Maria Lund
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