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Laila Westergaard - " Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux... "

     
 

C'est écrit dans le livre de L'Ecclésiaste et ces mots vous viennent à l'esprit quand on se promène parmi les pierres à images de Laila Westergaard en prenant le temps - le temps de contempler les dessins légers et transparents qui avec une précision incroyable sont taillés dans les grandes surfaces lisses d'obscurité éternelle. Ce sont essentiellement des fragments d'objets utilitaires : porcelaine, dentelles, morceaux de bordures en crochet - toutes choses que des êtres humains ont utilisées et ont passé du temps à créer et à leur donner une forme. Une horloge indique une heure hasardeuse : trois heures moins vingt ! et l'on se demande si ces traces qui sont maintenant imprimées comme des dessins dans la sombre dureté de la pierre sont en réalité l'empreinte d'autre chose, à savoir les aspirations de l'Homme à placer quelque chose de beau entre nous et l'éternité ? Peut-être. Mais les surfaces des pierres à images ne reflètent pas un constat triste. Au contraire. Elles racontent que la vie est plutôt bonne et l'on regarde avec une joie renouvelée la tasse fragile remplie de café, l'assiette, le tissage fragile, où le noir à l'arrière-plan parle de l'inconnu, mais contribue également à apporter de la profondeur. Oui, il avait raison le vieil homme de la Bible : " Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux : un temps pour naître, et un temps pour mourir; un temps pour pleurer, et un temps pour rire... " Les œuvres de Laila Westergaard couvrent les contradictions et font que l'instant apparaît comme cette seconde de l'éternité qui est donc devenue la nôtre.

La où les pierres à images possèdent une tonalité spécifique de sérieux et de beauté, les sculptures plus en volume sont pleines d'humour. Ici l'instant sort de la surface et le temps immobile des pierres à images prend la forme de vie vécue. Tel l'homme allongé dans une pierre en forme de mandorle vêtu de son joli costume avec chemise et cravate. Avec un sourire accueillant et rêveur il plane littéralement sur les petites et grandes sensations de la journée et sur les intrigues politiques en appelant à une nouvelle interprétation de la relation entre rêve et réalité.

Peut-être s'agit-il des contradictions similaires qui se manifestent dans certaines des œuvres les plus récentes de Laila Westergaard, les bancs. Sur l'un on trouve une petite figure de femme taillée le long d’une extrémité. Curieux on s'approche pour découvrir que le banc est en réalité une table, dressée avec une nappe dont le bord en dentelle pend bien lisse, témoignant de l'attention de mains diligentes. Est-ce la femme allongée qui a travaillé aux fuseaux et mis la table ? Ou s’est elle peut-être trouvée fatiguée et s'est allongée là ? Son corps se courbe gentiment comme si elle laissait de la place. Ce n'est pas une mince affaire dans la vie, à notre époque : laisser de la place.

Et un jour la place est vide. Il manque une pièce dans le puzzle, comme on le voit sur un autre banc où à seconde vue les pièces ont peut-être des dimensions humaines.

Telles sont les œuvres de Laila Westergaard. De même qu'elles réunissent le plus lourd et le plus léger elles rendent perceptible la dialectique entre l'éternel et le fugitif. Et la vie qui est toujours plutôt bonne.

 

Lisbeth Smedegaard Andersen
Historienne d'art et théologienne

 

Traduit du danois par Jane Desnos et Maria Lund